Une équipe de recherche de l’Institut de Duve de l’UCL, cofinancée par l’institut WELBIO de la Région wallonne, a développé une nouvelle approche de traitement du cancer. Ces chercheurs explorent des traitements qui stimulent le système immunitaire des malades. On sait en effet que des cellules du système immunitaire appelées « lymphocytes T » peuvent reconnaître les cellules cancéreuses et les détruire. Mais une résistance au système immunitaire finit par s'installer, suite à l'établissement d'un environnement immunosuppresseur à l'intérieur des tumeurs elles-mêmes. Cette immunosuppression paralyse les lymphocytes dirigés contre les cellules tumorales, et le cancer se remet à progresser. Une forme récente de traitement du cancer tente de stimuler les lymphocytes paralysés: on parle d’ « immunothérapie du cancer ». Certaines approches d’immunothérapie donnent des résultats spectaculaires, mais pas chez tous les patients et parfois avec des effets secondaires importants. Les travaux que cette équipe de chercheurs de l’UCL publie ce 22/04 dans la prestigieuse revue scientifique Science Translational Medicine permettent d'envisager une nouvelle approche d’immunothérapie du cancer, qui pourrait améliorer l'efficacité des traitements actuels.

 

 

 

 

Concrètement, l’équipe de recherche UCL dirigée par Sophie Lucas et Pierre Coulie, en collaboration avec la société de biotechnologie arGEN-X, a mis au point un agent thérapeutique qui stimule les réponses immunitaires d’une manière originale. Cet agent cible un type particulier de cellules immunosuppressives, connues sous le nom de « lymphocytes T régulateurs » ou « Tregs ». Les Tregs ont pour mission naturelle de restreindre l’activité du système immunitaire. Chez les personnes en bonne santé, les Tregs agissent comme des modérateurs, ou comme des pompiers pour éviter les incendies qui pourraient être causés par une activité immunitaire excessive. Ainsi, les Tregs nous protègent des maladies dites « auto-immunitaires », telles que la sclérose en plaques ou le diabète de type I, en empêchant l’embrasement de l’activité de lymphocytes dirigés contre nos propres tissus. Les Tregs exercent cette fonction immunosuppressive en produisant une sorte d’hormone, le TGF-beta, qui inhibe les lymphocytes. Dans l’analogie entre un Treg et un pompier, le TGF-beta est l’eau projetée par sa lance d’incendie.

 

Chez les malades atteints d'un cancer, les Tregs fonctionnent de manière exagérée : ils s’accumulent dans les tumeurs qu’ils inondent de TGF-beta, paralysant ainsi les lymphocytes qui pourraient détruire les cellules cancéreuses. L’agent thérapeutique proposé par les chercheurs de l’UCL agit sur les Tregs : il bloque leur système de production du TGF-beta, en verrouillant, en quelque sorte, la lance d’incendie. Plus précisément, cet agent thérapeutique est constitué d’anticorps monoclonaux dirigés contre « GARP », une protéine requise pour la production de TGF-beta par les Tregs humains. Cet agent thérapeutique devrait permettre d’attiser l’activité des lymphocytes capables de détruire les tumeurs.


Ce nouvel agent thérapeutique n’a été testé que chez la souris jusqu’à présent. Les chercheurs de l’UCL devront évaluer son efficacité chez les patients atteints d'un cancer. Il pourrait se révéler utile également pour traiter d’autres maladies associées à une insuffisance de fonction du système immunitaire, comme certaines infections chroniques. 

 

Pour plus de détails